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الموصل قبل «دقائق» من تحريرها

Dans une précédente chronique, cet été, un habitant de Mossoul nous interpellait sur le piège qui se refermait inexorablement sur sa ville, contrôlée d’une main de fer par l’organisation État islamique (EI). Aujourd’hui, l’offensive contre Daech approche. La bataille pour libérer la grande ville du nord de l’Irak des djihadistes pourrait démarrer début octobre, a prévenu le Pentagone américain, qui assistera les forces irakiennes dans la reconquête de « la capitale » de l’EI. Mais, souveraineté oblige, ce sera in fine à Bagdad de sonner l’assaut.

Si Barack Obama tient à remporter un ultime trophée avant son départ de la Maison Blanche en janvier prochain, le Premier ministre irakien, Haidar al-Abadi, est lui aussi pressé de chasser Daech de son bastion. Après avoir avancé durant l’été, les troupes irakiennes progressent ces jours-ci autour de Shirqat, une ville clé à 80 km au sud de Mossoul.

Reprendre Mossoul est crucial pour l’Irak et ses soutiens occidentaux. Peuplée de plus d’un million d’habitants, elle est la plus grande ville encore entre les mains des djihadistes dans un proto-état en contraction en Irak et en Syrie. Les faire fuir sonnerait comme une cuisante défaite pour Daech, après celle de Faloudja en juin, Palmyre en mars et dernièrement Djarablous, dans le nord de la Syrie. En perdant Mossoul, Daech ne serait pas encore défait, mais sa capacité d’attraction – du moins en Syrie et en Irak – en serait considérablement réduite.

À l’intérieur de la ville, comme nous le disait cet habitant joint au téléphone fin juin, les djihadistes se préparent à l’affrontement, n’hésitant pas à durcir la surveillance d’une population qui sent que le vent a tourné. Reste qu’avant le début de l’offensive de nombreuses questions restent sans réponse.

La bataille de Mossoul ressemblera-t-elle à celle de Falloudja ? Après quelques semaines de combats intenses qui permirent aux forces irakiennes d’encercler Falloudja, les djihadistes et le gouvernement irakien s’étaient finalement arrangés pour que, nuitamment, les civils puissent discrètement partir avec les cadres de Daech. En contrepartie, la ville n’avait pas été détruite, contrairement à sa voisine, Ramadi. La réédition de ce scénario est évoquée à Bagdad par des diplomates. Le gouvernement irakien, une fois encore, y aurait intérêt. Une guérilla urbaine qui s’éternise dans une ville de plus d’un million d’habitants serait suicidaire non seulement pour la population et les forces irakiennes mais aussi pour Daech, dont les chefs tiennent, eux aussi, à survivre.

Le scénario idéal – si l’on ose dire – tournerait autour de quelques semaines de combat permettant à chaque camp d’afficher sa détermination à lutter, avant qu’un nouvel arrangement – tacite bien sûr – offre à l’État islamique la possibilité de prendre la fuite vers l’ouest dans le désert irakien le long de l’Euphrate, voire dans les villes syriennes de Raqqa et Der Ezzor, encore tenues par les djihadistes.

Quelle que soit la tournure que prendra la bataille, le défi humanitaire sera immense, durant les combats d’abord, mais également après. Recueillir des centaines de milliers de réfugiés nécessite en effet la construction de plusieurs centres d’accueil autour de Mossoul. Les Nations unies et la coalition internationale anti-Daech y songent. Pas sûr que ce soit la priorité des autorités irakiennes, qui s’étaient montrées incapables d’abriter dans des conditions décentes les milliers de déplacés de Falloudja. Une erreur à terme !

De tout temps, Mossoul a été une ville sunnite, une ville fièrement nationaliste, creuset d’une armée irakienne qui a la particularité d’avoir vu le jour, au début du XXe siècle, avant même la création de l’État. Sur les rives du Tigre, le second fleuve qui traverse l’ancienne Mésopotamie, une chanson ne dit-elle pas que les jeunes filles de Mossoul n’ont longtemps rêvé que « d’un officier sinon rien ».

Tout pouvoir irakien dominé par la majorité chiite devra montrer beaucoup de doigté pour la reconquérir. N’oublions pas qu’entre 2006 et 2013, les Mossoulliotes se considéraient comme « occupés » par leur propre armée, victimes de la politique sectaire du Premier ministre d’alors, Nouri al-Maliki. Ce qui facilita la pénétration de Daech, puis sa fulgurante conquête de la ville en juin 2014.

Qui sera en première ligne contre les djihadistes ? Les forces irakiennes certes, au premier rang desquelles les unités d’élite du contre-terrorisme formées par la CIA et une poignée de Français. Que faire des combattants kurdes et des miliciens chiites, qui aident Bagdad dans sa progression vers Mossoul ? Alliés des Occidentaux, les Kurdes veulent bien participer à la bataille – pas à l’intérieur de Mossoul mais en en sécurisant certaines sorties – à condition toutefois que d’ici là, un accord soit trouvé avec le gouvernement irakien sur la gouvernance de Mossoul post-Daech.

C’est là que les choses se gâtent. En 2014, la prise de Mossoul a été une aubaine pour les Kurdes, dans leurs provinces voisines, qui en profitèrent pour élargir leur zone d’influence jusqu’à la ville pétrolière de Kirkouk… Kirkouk que les Kurdes ne veulent plus quitter, au grand dam du pouvoir central à Bagdad. Bref, au-delà d’un défi terroriste bien réel, la bataille de Mossoul s’inscrit dans la lutte politique acharnée que se livrent les différentes communautés irakiennes pour le contrôle du pouvoir dans un pays, toujours autant éclaté.

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